Recrutement de médecins : on en est où ?

Sur l’ordonnance du département on pourrait lire la prescription suivante : médecins généralistes. Le Lot-et-Garonne compte en effet seulement 7 médecins pour 10 000 habitants alors qu’il en faudrait 10. Un mal bien difficile à combattre, malgré les aides et dispositifs mis en place par l’Agence Régionale de Santé. Certains outils et atouts, encore à développer, pourraient pourtant déclencher une légère amélioration dans les années à venir.

Des atouts à développer

« Inviter, inciter et accompagner »

Eric Morival, le directeur de l’Agence Régionale de santé revient sur les dispositifs d’incitation à l’installation des médecins sur notre département et à retarder les départs en retraite.

51 départs pour 28 arrivées de médecins généralistes entre 2016 et 2018. Pour le moment, le département n’arrive pas à enrayer la situation. On compte 7 médecins pour 10 000 habitants alors qu’il en faudrait 10. Et malgré un léger rajeunissement des praticiens présents sur le territoire – ils sont 43 % à avoir plus de 60 ans contre 47 % il y a deux ans – des perspectives d’évolution ne sont pas à envisager avant 2025. Selon Eric Morival, « il va encore falloir faire le dos rond quelques années et s’armer de patience avant que cela aille mieux ».
Mais c’est surtout un message positif que le directeur de l’ARS a souhaité faire passer, espérant inverser la tendance au plus tôt. Dans un premier temps, grâce aux nombreux dispositifs mis en place pour l’accueil et le maintien des médecins généralistes sur le territoire, avec le concours de l’assurance maladie, du conseil départemental, de l’ordre des médecins et de la préfecture.
Afin de réduire le décalage entre le nombre de départs et d’arrivées, l’ARS travaille à « rendre le terrain favorable ». Revue et corrigée, la carte de la démographie médicale a vu les zones d’intervention prioritaires (ZIP) s’élargir pour concerner 137 communes, où les médecins sont éligibles à toutes les aides de l’ARS, de l’assurance maladie et les exonération fiscales. Il est notamment possible de bénéficier d’une aide à l’installation de 50 000€ ou encore d’une garantie de ressources de 4 500€ minimum par mois, « façon pour le jeune médecin de commencer à son rythme et d’organiser sa vie sur le territoire », souligne le directeur de l’ARS. L’instance mise également sur le développement des maisons de santé pluridisciplinaires et des centres de santé. Un mode d’exercice coordonné qui répond non seulement de plus en plus à la demande des futurs médecins mais qui permet également de retarder les départs en retraite. « Cela leur permet d’assurer des remplacements ou de travailler à un rythme moins soutenu », indique Eric Morival. Par ailleurs, un guichet unique à destination des professionnels de santé permet aux médecins de recevoir les renseignements nécessaires à l’installation ou à leur départ auprès de l’assurance maladie et de l’ARS. Enfin, un point essentiel : « Nous travaillons à l’insertion professionnelle des conjoints avec le Conseil départemental », rappelle le directeur de l’ARS.
Reste encore un levier à activer : le nombre de maître de stage. Ils sont une cinquantaine sur le département. Trop peu, notamment sur les secteurs du Fumélois et du Villeneuvois. L’ordre des médecins et l’ARS travaillent de pair afin de proposer des formations aux généralistes. « Ils sont l’élément essentiel pour mettre les internes dans de bonnes conditions mais surtout leur donner envie de s’installer ici. »

Un bon accueil et des maîtres de stage, « la clef à l’installation de futurs médecins »

Étudiante en 8e année de médecine et en 2e année d’internat de médecine générale, Élisabeth Vincent, 26 ans, originaire de la région parisienne, est actuellement en stage au pôle mère-enfant du Pôle de Santé de Villeneuve-sur-Lot, après avoir passé six mois aux urgences de l’hôpital Saint-Esprit à Agen.

Élisabeth Vincent : Après le bac, j’ai intégré la fac de Saint-Quentin en Yvelines. Après le concours de la 6e année, j’ai choisi de partir à Bordeaux pour des raisons personnelles. Mais depuis ma première année de médecine je savais que je partirais dans le sud-ouest. J’ai toujours eu des attaches familiales en province. Petite, j’ai grandi en me disant que je ferais ma vie dans un département comme l’Aveyron. Je n’aime pas les grandes villes. Avec les études c’est un sentiment qui s’est renforcé.
Puis, j’ai fait mes six premiers mois de stage à Labrit dans les Landes. A ce jour c’est la meilleure expérience professionnelle que j’ai eu, parce qu’elle se rapproche de ce que je veux devenir : le médecin généraliste de famille en zone rurale. Pour mon stage aux urgences, j’ai à nouveau cherché un département à tendance rurale, mais sans perdre l’accessibilité aux grandes villes comme Bordeaux et Paris où se trouve ma famille. J’ai adoré les Landes mais en termes de mobilité c’était trop compliqué. Agen répondait à tous mes critères.

Cette envie de vous installer en zone rurale est-elle représentative de votre génération ?

E.V : C’est une question qui revient tout le temps. Elle se pose dans tous les territoires, particulièrement dans les zones sous-dotées comme c’est le cas en Lot-et-Garonne. Pour autant est-ce que ma génération a envie du rural ? Il n’y a pas de tendance. Ça dépend des promotions. Et surtout de l’attractivité du territoire, l’envie et l’accueil de ce dernier. On est comme les autres : la médecine est une vocation mais cela ne signifie pas qu’on doit en payer un prix. On arrive à quasiment 30 ans. On veut aussi avoir une vie de famille avec un bassin de vie attractif, une boulangerie, des écoles, de l’emploi pour nos conjoint(e)s… Ça me peine d’entendre que les gens qui veulent ça pour leur vie demandent aux médecins de le sacrifier.

Vous êtes également secrétaire du Syndicat des Internes de Médecine Générale d’Aquitaine (syndicat non politisé qui représente les internes et a un avis consultatif dans les instances administratives – Ndlr). Ce rôle vous permet de discuter des terrains de stage, des éventuels problèmes rencontrés sur le terrain et du recrutement des maîtres de stage. Quelle vision ressort du Lot-et-Garonne des discussions ?

E.V : L’attractivité du département pêche par manque de maître de stage. Dans le détail, les offres de stage sont plus développées sur Agen-Nérac. Moins dans le Villeneuvois. C’est dommage parce que la force d’un territoire c’est d’avoir des maîtres de stage partout et qui montrent que s’y installer c’est possible.
Pour autant, je trouve qu’il y a une volonté départementale et locale d’un bon accueil, qui est la clef à l’installation des futurs médecins.  : les internes sont reçus au Conseil départemental où on nous donne des infos pratiques, des flyers, des adresses… tous les éléments nécessaires à la découverte du territoire. On a des internats neufs, comme ici à Villeneuve, ou en cœur de ville comme à Agen. De mon côté, je ne peux pas encore dire si je m’installerais ici, mais j’envisage de refaire un de mes stages dans ce département.

Foulayronnes : deux médecins pourraient bientôt arriver

Foulayronnes compte parmi les 16 des 31 communes de l’agglomération d’Agen n’ayant pas de médecins généralistes. Aujourd’hui professionnels de la santé et élus tirent la sonnette d’alarme et se mobilisent pour recruter un généraliste et étoffer l’offre médicale.

Kinésithérapeutes, infirmières, ostéopathes, dentiste, nutritionniste… exercent à Foulayronnes, mais parmi eux aucun médecin généraliste. Depuis le départ précipité de l’ancien professionnel de santé, la commune de Foulayronnes se retrouve sans praticien. Une situation alarmante pour la commune urbaine de 5 600 habitants, située aux portes d’Agen. « Parmi les 31 communes de l’agglomération d’Agen 16 n’ont pas ou plus de médecins. Quand on sait qu’aujourd’hui 60 % des médecins en exercice ont plus de 55 ans et qu’on estime que 25 % d’entre eux partiront à la retraite d’ici deux ans, il est plus qu’urgent pour de trouver un médecin pour les Foulayronnais, contraints de consulter dans les communes voisines non sans mal ! Les praticiens sont débordés. De plus, à l’heure où la profession se féminise, le temps du médecin de campagne qui travaillait 70 heures par semaine est révolu. Aujourd’hui les médecins cherchent à avoir un confort de vie, totalement compréhensible, et donc préfèrent généralement s’associer », analyse le maire, Bruno Dubos.
Pour pallier à ce manque de médecins, élus et professionnels de la santé travaillent main dans la main afin de développer et d’étoffer l’offre médicale. Un avis de recherche sur différents sites web ou encore via une banderole « Foulayronnes recherche médecin » implantée à l’entrée de la ville depuis début janvier. à ce jour deux médecins ont répondus favorablement à cet appel, mais impossible pour la municipalité de donner plus de détails : « Nous sommes en train de réaliser des démarches administratives lourdes », confie Clément Courties, chargé de communication. De plus, une autre question reste en suspens : où vont-ils s’installer ? « Le local occupé par l’ancien médecin n’est pas aux normes actuelles. Il n’a pas d’accès pour les personnes à mobilité réduite. Or, il est primordiale d’offrir à la patientèle un accueil confortable », note Bruno Dubos. Pour répondre à ce problème, la municipalité est prête à jouer un rôle de facilitateur en proposant au médecin de s’installer, temporairement, dans des locaux communaux, le temps de trouver un endroit adapté.
A l’image de l’agglomération d’Agen qui érige une maison de santé pluridisciplinaires aux portes d’Agen nord, la commune de Foulayronnes n’exclut par de créer, d’initiative communale, un centre de santé dans les années à venir.

Fumel-Vallée du Lot : toujours pas de médecins mais le projet de centre de santé enfin lancé

Sur le territoire de Fumel-Vallée du Lot, la proposition de contrat pour inciter les médecins généralistes à s’installer n’a pas porté ses fruits. En parallèle, les discussions pour le futur centre de santé ont progressé.

Réunis la semaine dernière autour du président de Fumel-Vallée du Lot, Didier Caminade, les professionnels de santé du Fumélois ont acté la nécessité du centre de santé. Plus de deux ans de travail et de discussions qui ont enfin abouti : « Ça s’est déclenché d’un coup », se ravit Didier Caminade, soulignant notamment l’implication de Madame Girard, gynécologue, décrite comme le moteur de ce projet. Les étapes vont désormais s’enchaîner rapidement avec une présentation officielle du projet immobilier le 28 février, un dépôt du permis de construire prévu fin mars et une ouverture du centre de santé fin 2020.
Situé avenue de l’usine, en face de l’ancienne entrée principale du site, le bâtiment comprendra un centre de santé avec des médecins salariés et une partie maison de santé pluridisciplinaires avec infirmiers et spécialistes. Huit cabinets seront ouverts dont trois pour les généralistes du territoire. « Sur les cinq encore présents aujourd’hui, trois ont plus de 50 ans, un part à la retraite dans les prochains mois et un autre est à mi-temps », précise Didier Caminade.

« Nous entrons dans une phase de développement »

De quoi presque faire oublier la désillusion des quelques candidatures reçues suite au contrat proposée par la communauté de communes. « Nous avons particulièrement été meurtri par notre aventure avec une jeune médecin espagnole, rappelle le président de Fumel-Vallée du Lot. Tout était prêt pour son arrivée : dans la journée nous lui avions trouvé la maison meublée, une place en crèche, des heures supplémentaires à l’hôpital… On a sorti le grand jeu. Mais le lundi soir à minuit, nous recevions un mail pour nous dire que finalement elle partait dans le Gers. On suppose qu’ils lui ont proposé de payer son logement. C’est la course à l’échalote ! »
Pour autant, les recherches continuent. Fumel-Vallée du Lot ne désespère pas de pouvoir prochainement accueillir un cardiologue italien, avec qui un contact a été pris en décembre. Et le territoire compte bien se servir à bon escient de son nouvel outil : les praticiens qui intégreront le centre de santé ont accepté de devenir maître de stage, ce qui devrait favoriser l’arrivée de jeunes médecins, une fois leur formation terminée. Un partenariat de mutualisation de médecin avec l’hôpital de Fumel, qui ne compte également qu’un généraliste, est envisagé. Enfin, à ceux qui douteraient encore de l’attractivité du territoire, Didier Caminade répond : « Certes il n’y a pas d’industrie, mais le taux de chômage baisse car le commerce fonctionne. Pour preuve du potentiel, l’arrivée de grandes marques comme MacDonald’s. La culture ne manque pas non plus. Le plus lourd est passé avec Tarkett et la fermeture de l’usine. Nous entrons dans une phase de développement. »

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