De Natural Mystick à Port-Sainte-Marie, à la dernière née In Taberna à Monflanquin, en passant par Hopale à Monsempron-Libos, 4.7 Brasserie à Estillac, La Brasserie des Cèdres à La Croix-Blanche, Soleïmiel à Port-Sainte-Marie, Maltéo à Colayrac-Saint-Cirq, L’Indé à Agen, L’Ale Humeuse à Saint-Sernin-de-Duras et La Guignol à Miramont-de-Guyenne, notre département compte dix microbrasseries. Sept d’entre elles ont été créées depuis 2016. Un véritable phénomène !
« Le Truc en plus » : une gamme de bières bio
Depuis 2016, Sylvain Guibert alterne entre son activité d’infirmier libéral et celle de sa micro-brasserie « Le Truc en Plus », installée dans la pépinière d’entreprises de Montayral.
Infirmier le matin et brasseur l’après-midi. Le moins que l’on puisse dire c’est que les journées de Sylvain Guibert sont chargées. Depuis 2016, ce Dunkerquois d’origine s’est lancé – dans un premier temps avec un ami – dans une activité de brasseur. « J’ai toujours aimé la bière au bon sens du terme. Pas celle qu’on boit au stade, rit-il. Venant du Nord, même ma première bière n’a pas été dégueulasse. » « Une passion » que Sylvain aimerait transformer en activité principale. « Aujourd’hui, je suis seul dans cette activité pour laquelle j’ai des ambitions mais qui demande beaucoup d’investissements. »
Infirmier libéral depuis plus de 20 ans, Sylvain le dit, il en a « un peu marre du boulot », entre les horaires et les kilomètres à faire chaque jour. Alors Sylvain a commencé a brassé chez lui à Cazideroque, avant, en 2017, d’intégrer un local dans la pépinière d’entreprises de Montayral où il brasse Mornifle, Chopla et Chistole, les trois créations de sa marque « Le Truc en Plus ». Une petite production de 1000 litres par mois, réalisée grâce à quelques cuves de fermentation, « du matériel amateur », selon Sylvain, qui pour répondre aux demandes toujours plus nombreuses s’est associé avec un brasseur de la région bordelaise. « J’ai failli tout arrêter l’année dernière, confie l’infirmier. Et puis j’ai rencontré le brasseur du Mascaret au Bouscat. Il m’aide à produire toute la gamme bio. Là où je fais 1000 litres avec six cuves, lui en fait 4000 rien qu’avec une. »
Son « Truc en plus » : une vision différente de la bière
Pour autant, pas question pour Sylvain de déroger à la qualité. Il se rend régulièrement au Bouscat pour brasser et mettre en fût. Depuis cinq mois, ses bières sont également passées en bio. Une démarche engagée : « On parle toujours de ce qu’il y a dans nos assiettes, mais qu’il y a-t-il dans nos verres ? Il faut aller au bout des choses ! »
De l’apéritif à la table, Sylvain propose différentes bières. Avec la Chistole, bière blonde de 5,5 degrés, la Chopla, bière blanche à 5 degrés parfaite pour l’été avec ses arômes d’agrumes et de poivre, et la Mornifle, 8 degrés, « la plus appréciée », faite pour l’apéritif, Sylvain écume les marchés locaux et démarche les restaurants et commerces.
Ses bouteilles au style épuré ont notamment plu au Stelsia à Saint-Sylvestre-sur-Lot. « J’y suis allé au culot et ça leur a plu. Ça fait maintenant un an et demi que je travaille avec. C’est mon plus gros client », se ravit le brasseur. Mais il est aussi possible de les trouver au Royalty à Fumel, à Choc Ô Lot à Montayral, Chez Fabienne à Bonaguil…
Depuis peu, Sylvain a investi dans des tireuses pour les proposer à la location. Il se remet à rêver, malgré l’absence de soutien des banques. « J’ai dans l’idée de faire de la limonade et d’avoir une activité brasserie-limonaderie, ce qui est rare. »
Deux nouvelles créations seraient également en cours : une brune et comme le veut la tradition qui approche, une bière de Noël. Pour ce qui est du « Truc en Plus », « il faut goûter pour le trouver », sourit Sylvain.
Marina Paris
« Natural Mystick », désormais 100 % locale
La brasserie « Natural Mystick » de Sébastien Philippe et sa compagne Stéphanie Bucaille est installée sur les hauteurs de Port-Sainte-Marie depuis 2001. C’est là que sont aujourd’hui brassées leurs incontournables bières au chanvre et depuis peu au houblon.
Amateur de bière, Sébastien s’est lancé en 2001 le pari de créer sa propre bière paysanne et de la commercialiser, alors que plus aucun brasseurs et caves à bières animaient le département.
Pari réussi pour la bière « Natural Mystick », en référence à la chanson de Bob Marley. « Dix-sept ans plus tard nous sommes toujours là, j’ai même lancé de nouvelles bières, créée ma brasserie et, le plus important, ma femme et moi vivons de cette activité », se ravit Sébastien.
Pendant 16 ans, Sébastien a fait le voyage jusqu’au Morbihan pour faire brasser sa bière, « faute de brasserie locale ». Ces voyages hebdomadaires ont pris fin l’année dernière, date à laquelle l’agriculteur, qui cultive la majorité des céréales qui composent sa bière, a fait construire sa propre brasserie. Un projet qui lui tenait à cœur malgré le coût financier important.
Aujourd’hui, le père de famille profite d’une station de brassage et de quatre fermenteurs qui lui permettent de produire 20 hectolitres par brassins (ndlr- jours de brassages) soit un peu plus de 400 hectolitres à l’année.
C’est donc désormais à Port-Sainte-Marie qu’il brasse sa spécialité : la bière au chanvre. Blonde, brune, ambrée, de saison… Il y en a pour tous les goûts et de quoi surprendre les amateurs de bières classiques. « Grâce à l’absence du houblon elle n’est pas amer, au contraire elle est même très douce et son goût est inhabituellement très floral et aromatique, ce qui la rend originale », s’amuse son producteur.
Depuis peu Sébastien propose également des fûts plus traditionnels de bière blondes ou ambrées au houblon et s’apprête à la commercialiser en bouteille.
« Pour moi, consommer de la bière permet de créer du lien social : elle est populaire et accessible à tous. C’est souvent le premier alcool que l’on consomme et lorsqu’on s’accoude au comptoir avec notre bière on va facilement discuter avec notre voisin et en famille », confie Sébastien.
Le couple ne manque pas de projet : il prévoit de faire vieillir de la bière en barrique « en fonction du passé de cette dernière, si elle est neuve ou recyclée, elle donnera un goût de bois ou des notes aromatiques à la bière », se réjouit Sébastien qui en plus du chanvre et du malt va prochainement cultiver du houblon sur ces terres.
Laurine Jacquot
In Taberna, la dernière née à Monflanquin
Guillaume Bastères, et sa femme Marlène, ont ouvert leur micro-brasserie le 14 juillet dernier, dans la zone Piquemil, à Monflanquin. Tout doucement, le couple commence à se faire une place dans le paysage des bières locales.
D’un statut de hobby, au stade de projet, à la concrétisation, il aura fallu quatre longues années à Marlène et Guillaume Bastères pour lancer leur brasserie, In Taberna.
Installé à côté de Castillonnès depuis 2012, le couple a choisi de changer de vie en quittant la Gironde, et pour Guillaume, en entamant une reconversion professionnelle, après 10 ans de menuiserie. « A cette époque, il y avait un renouveau de la micro-brasserie en France. Le temps de mettre en place notre projet, il y a eu de nombreuses ouvertures dans le département », souligne Guillaume, dont la passion de la bière a commencé très tôt. « A l’âge de 15-16 ans, je collectionnais toutes sortes d’objets en rapport avec cet univers : des chopes, des étiquettes, des livres… »
« Les goûts ne se limitent pas à la couleur »
Comme pour tous, les débuts sont compliqués par une non-adhésion des banques au projet de micro-brasserie. « On a eu le droit à toutes les excuses, malgré un apport conséquent », regrette Guillaume. Conséquence : la frustration de ne pouvoir produire autant qu’il le pourrait. « Nous avons deux cuves de 400 litres qui fonctionnent et deux autres de 800 litres en attente de réparations, faute de financement. » Guillaume et Marlène, qui cumule un emploi à côté, sont donc limités entre 400 et 800 litres de bières brassées tous les deux mois, dans leur local à côté de Gamm Vert. Une quantité qui leur permet tout de même de proposer 5 bières, dans une gamme appelée « Par-dessus les collines et au-delà ». Une production orientée « bières historiques », à base de plantes, comme la cervoise. « Nous voulons sortir de la classification habituelle. Les goûts ne se limitent pas à la couleur », soutient le brasseur.
Les bières In Taberna sont disponibles à la brasserie et bientôt aux V&B d’Agen et de Villeneuve-sur-Lot. Les propriétaires, venus en repérage à la fête de la bière de Lagruère le 22 septembre dernier, ont convié Guillaume et Marlène pour une journée de vente et de dégustation, le 27 octobre au magasin d’Agen. De bonne augure, pour le couple qui a déjà vendu 2 000 bouteilles de sa production.
Avec l’arrivée des fêtes de fin d’année, une bière d’hiver est en préparation, « une inspiration scandinave, toujours à base de plante, principalement de genévrier », nous dévoilent Guillaume et Marlène, qui seront également présents sur les marchés de Noël de Marmande, Fongrave et Castillonnès.