Restos du Cœur : « On ne parle plus de précarité, ni de pauvreté mais de misère »

A deux semaines du lancement de la campagne hivernale des Restos du Cœur, la présidente départementale, Mireille Gené Monturet, tire la sonnette d’alarme. Symbole de cette inquiétude, le centre d’accueil et de distribution de Villeneuve-sur-Lot qui a enregistré une augmentation de 24 % de ses bénéficiaires. Une hausse également constatée à Sainte-Livrade et Aiguillon.

L’hiver sera rude. Mireille Gené Monturet n’en doute plus. De manière générale, à part quelques exceptions, tous les centres des Restos du Cœur ont accueilli plus de bénéficiaires sur la campagne d’été, comprise entre le 16 mars (date de la collecte nationale) et début de la campagne hivernale, le 25 novembre. Une moyenne de + 12 %. La plus forte augmentation a été enregistrée à Villeneuve-sur-Lot : + 24 %, pour arriver à un total de 500 familles bénéficiaires.
La présidente peine à trouver une explication logique à cette hausse. Mais un travail en collaboration avec Pôle Emploi a permis de révéler que ces 24 % d’augmentation sur Villeneuve correspondent à une autre augmentation : celle de la demande du RSA dans le Villeneuvois. « Selon les chiffres de l’Observateur de l’emploi, en mars 2019 il y a eu + 22,2 % de demande de RSA. »
Pour Sainte-Livrade et Aiguillon, où l’augmentation est quasi équivalente, rien ne l’explique. « Étonnement les chiffres ont baissé à Fumel. Mais là encore pas d’explication logique pour Mireille Gené Monturet. Sauf de penser que les gens se seraient rapprochés du Villeneuvois pour tenter de retrouver un emploi, sans forcément y parvenir. »

« Même pas un euro en poche »

Selon la présidente départementale des Restos du Cœur, ces chiffres traduisent la situation économique et sociale du département : « Il ne faut pas voir peur de la dire, on ne parle plus de précarité, ni de pauvreté mais de misère. Venir aux Restos l’été, c’est être dans la misère ! »
Le barème pour pouvoir bénéficier de l’aide des Restos du Cœur a pourtant été augmenté il y a deux ans. Ce qui aurait dû réduire le nombre de bénéficiaires. Le calcul est un peu savant mais une fois compris, le résultat est édifiant. Le seuil financier pour pouvoir bénéficier des Restos du Cœur est calculé en déduisant les charges du revenu de la personne et constitue ainsi « le reste à vivre ». C’est ce résultat qui détermine le droit ou non aux aides des Restos du Cœur, si la personne est au-dessus ou en dessous du seuil fixé par l’association nationale. En hiver, ce seuil financier à ne pas dépasser est plus important. « Sur l’été, cela veut dire que certaines familles n’ont même pas un euro dans la poche pour du pain. Autrement dit, 24 % des bénéficiaires hivers sont passés sous un seuil financier extrêmement bas. Du moins c’est ce qu’on espère. Car sinon cela veut dire que dans le lot, il y a de nouveaux bénéficiaires que nous allons retrouver cet hiver », s’inquiète Mireille Gené Monturet. Une inquiétude justifiée par l’augmentation de 13 % déjà enregistrée lors de la campagne hivernale 2018.

Un besoin urgent de bénévoles

Cette « misère » met aussi l’association face à ses propres difficultés. Ce ne sont pas les dons qui manquent, « toujours aussi généreux » remercie la présidente, mais les bénévoles. « A Sainte-Livrade et Aiguillon nous allons être obligés d’ouvrir un jour et demi de plus pour la distribution alimentaire, sinon cet hiver ça ne passera pas », avertit Mireille Gené Monturet, rejointe par Claudine Buirette, animatrice du centre de Villeneuve. « L’hiver nous accueillons jusqu’à 700 familles. Quand nous ouvrons pour la distribution, nous sommes obligés de recevoir 18 à 20 familles en 30 minutes, avec 10 bénévoles accompagnateurs, là où avant nous n’en recevions que 15. » Autre point d’inquiétude, le centre n’a plus de chauffeur poids lourd, autrement dit, plus personne pour faire la navette entre le centre départemental de Bon-Encontre et le Villeneuvois pour récupérer les denrées. La livraison s’organise donc avec de petits véhicules et mobilise de fait beaucoup plus de bénévoles qui risquent de s’épuiser. D’autant que les conditions du local rue Pesquié ne sont pas idéales : « Nous n’avons pas de places pour nous garer et peu d’espace pour ranger les 17 tonnes marchandises que nous distribuons chaque semaine. » Pour ce point aussi la présidente espère faire réagir et obtenir un local entre 600 et 800m2. « On s’adapte du mieux qu’on peut pour ne laisser personne derrière la porte. Mais on compense tellement à tous points de vue. Toutes les associations caritatives sont là en permanence pour alerter sur ce qui ne va pas, même si ça dérange, prévient Mireille Gené Monturet. Nous ne lâcherons pas le combat contre la pauvreté et l’exclusion ! »

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